Du temps pour la confiance Envoyer

La confiance est longue à s’établir et malheureusement prompte à disparaître. Longue à s’établir parce qu’elle résulte d’une expérience positive répétée dans le temps. Elle est indissociable d’une certaine continuité et d’une certaine fiabilité.

Elle s’éprouve dans les difficultés et se manifeste par le respect des engagements donnés, implicitement ou explicitement. Elle se dissipe facilement. La seule confiance qui tient l’épreuve du temps est celle fondée sur une relation interpersonnelle forte, sur une connaissance personnelle des interlocuteurs.

Aujourd’hui, dans un monde globalisé où les distances se sont réduites et où la communication est universelle, le temps reste considéré comme une ressource rare, quantifiable comme tout ce qui permet de mesurer la performance. Or, il faut du temps pour créer la confiance. La confiance ne se décrète pas.

Par manque de temps, on ne se donne pas la possibilité de laisser se développer une véritable connaissance de l’autre et de véritables relations, conditions de l’établissement de la confiance. On est immédiatement projeté dans l’affect et l’émotion et donc dans l’imprévisibilité émotive des autres et de soi-même.

Ce rapport au temps qu’il faut toujours « gagner » parce qu’il coûte cher, débouche sur des comportements « barbares » qui privilégient fréquemment l’argent et la transaction au temps et à la relation. A comportement barbare, néologisme barbare : « courttermisme ». Tel est le maître mot aujourd’hui du monde économique, des marchés financiers et, par mimétisme ou par faiblesse, de la vie de l’entreprise.

Du dividende trimestriel à l’hyper volatilité des marchés, on a vu se développer des comportements traduisant autant l’avidité et l’irresponsabilité des acteurs que leur infantilisme : « Tout et tout de suite » semble être la devise à laquelle toute leur vie se rattache. Dès lors comment être surpris par l’évolution du monde économique et par la violence de la crise.

Dans un univers d’où la confiance a disparu par refus de donner au temps toute sa place, il faudra bien un jour revenir à la confiance. Les demandes insistantes pour davantage de transparence ou pour plus de régulations expriment bien le souhait d’un retour à la confiance mais les chances de voir celle-ci se rétablir restent incertaines tant que le facteur temps n’est pas mieux utilisé et que la nécessité de revenir de la transaction à la relation n’est pas reconnue.

A l’heure où tout le monde admet que la durabilité est un objectif central, ne serait-il pas raisonnable en paraphrasant le « think global and act local » de suggérer aux dirigeants qu’ils acceptent de « think long term and act now ».

La réhabilitation du long et moyen terme comme horizon de temps de l’entreprise est probablement de nature à favoriser sa durabilité.

En relativisant le risque que la durée rend plus acceptable, en invitant les dirigeants à développer une vision long terme de ce que pourrait être leur entreprise, en s’efforçant de réduire la pression du court terme et en refusant de céder aux incitations immédiates des marchés, en utilisant en sa faveur le facteur temps et en s’efforçant davantage d’anticiper sa propre évolution plutôt que de réagir aux évènements, l’entreprise – en la personne de son dirigeant - peut espérer pouvoir retrouver une certaine autonomie de décision, une liberté de choix et la maîtrise de son destin.

A cette condition seulement, elle pourra prendre des engagements et s’efforcer de les respecter contre vents et marées, pour développer un climat de confiance entre elle-même et toutes les « parties prenantes » de l’entreprise.